Le 1er septembre 2026, une nouvelle règle plafonne la durée des arrêts de travail longs : chaque prolongation imposera des consultations en plus. Ce même mois, les médecins généralistes redemandent l’inverse pour des arrêts courts : que l’on cesse d’exiger un médecin pour trois jours de gastro-entérite… Ce 25 août 2026, le Collège de la Médecine Générale lance sa campagne « Septembre Violet », son mois de mobilisation contre les demandes de certificats médicaux à faible valeur médicale.
Cette campagne a lieu en septembre qui cumule les inscriptions scolaires et périscolaires, sportives, le retour de vacances des médecins et des familles, la reprise des viroses (notamment transmises en milieu scolaire mal ventilé) et donc le retour des arrêts de travail courts… Ces démarches administratives mobilisent un temps médical précieux : chaque créneau occupé par un certificat sans valeur médicale est un créneau qui manque à un patient qui en a besoin. Libérer une seule consultation inutile par jour et par médecin généraliste, c’est rendre 50 000 rendez-vous par jour à la population (soit l’équivalent d’une journée entière de passages aux urgences en France). Notre objectif est simple : redonner du temps médical en faisant disparaître les demandes de certificats sans justification médicale ou réglementaire.
Quelques chiffres clés :
- 1h30 à 2h de certificats médicaux par semaine par médecin généraliste, soit l’équivalent de 6 à 8 consultations par semaine (mission Franzoni-Albertini, ministère de la Santé, 2023)
- 423 signalements de médecins généralistes recueillis sur certificats-absurdes.fr avec 11 Conseils départementaux de l’Ordre des médecins entre 2023 et 2025 : 78 % d’entre eux se sont révélées sans fondement légal, voire illégaux ; 43 % de ces signalements concernaient le secteur des assurances
- 400 000 certificats d’admission en collectivité (crèche) par an, suite au nouveau certificat créé en août 2021 – soit l’équivalent d’une année entière de travail pour 80 médecins généralistes (s’ils n’étaient pas signés sur un coin de table)
- 50 000 rendez-vous rendus chaque jour à la population sur l’ensemble du territoire si chaque généraliste libérait une consultation inutile par jour
- 1 jour : en France, un arrêt de travail est exigé dès le premier jour. Au Royaume-Uni, l’auto-déclaration couvre 7 jours depuis 1985.
En France, un arrêt est exigé dès le premier jour… pas chez nos voisins !
Un salarié français doit obtenir un rendez-vous en urgence, occuper un créneau et transmettre un document sous 48 heures pour faire constater une fièvre ou un lumbago que personne ne pourra vérifier ensuite (y compris pendant le délai de carence qui, par définition, ne donne lieu à aucune indemnité journalière de l’Assurance Maladie).
L’Atlas européen de la médecine générale, publié par le Collège de la Médecine Générale en juin 2026 à l’occasion du 30ᵉ congrès WONCA Europe de Paris, compare 53 pays et fait apparaître trois modèles. L’Allemagne, la Belgique, la Suisse, le Royaume-Uni, le Portugal, le Danemark et la Finlande ont tous ouvert l’auto-déclaration : sans limite de durée au Danemark, 7 jours au Royaume-Uni depuis 1985, 3 jours en Allemagne et en Finlande, 3 jours consécutifs deux fois par an au Portugal, 2 jours en Suisse, 1 jour trois fois par an en Belgique. La France, elle, figure dans le groupe à charge administrative élevée, aux côtés de l’Italie, de la Pologne, de la Serbie, de la Slovénie et de la Bulgarie : aucune auto-déclaration, et de nombreux certificats de faible valeur médicale.
Malgré cet exemple (sur lequel ces pays ne sont pas revenus), certains continuent d’objecter en France que l’auto-déclaration pourrait faire exploser les arrêts de travail. Ces arguments sont balayés depuis près de 60 ans : dès 1969, un article dans le BMJ évaluait un secteur industriel britannique passé à l’auto-certification : « aucun abus grave n’a été constaté […]. Ce système peut contribuer à réduire à la fois la charge de travail des praticiens et le temps perdu dans l’industrie ». La revue Cochrane consacrée au sujet en 2019 permet de conclure que l’argument de l’explosion des abus régulièrement opposé en France n’est pas soutenu par les données scientifiques. A l’inverse, nous savons ce que produit la création d’un certificat : lorsque la Norvège en a imposé un pour les absences scolaires en 2016, les registres nationaux ont enregistré 14 à 25 % de consultations supplémentaires chez le généraliste et un doublement des consultations pour infections respiratoires, sans bénéfice retrouvé en aval…
Les opposants à cette mesure visant à améliorer l’accès aux soins voient parfois le médecin comme un garde-fou. Là aussi, c’est faux : personne ne peut objectiver après coup une gastro-entérite, une migraine ou un lumbago… Le médecin ne constate pas, il retranscrit ce que le patient lui décrit. Nous ne demandons pas de supprimer la possibilité de contrôle par l’employeur : nous demandons de cesser d’utiliser les médecins généralistes comme des contrôleurs… En mai 2024, après les médecins généralistes et le Collège de la Médecine Générale, la Cour des comptes l’écrivait à son tour : « pour les certificats médicaux exigés des employeurs, en appeler à la « responsabilité » des médecins revient à leur donner une mission qui ne correspond pas à une compétence strictement médicale« . Elle citait le Royaume-Uni et le Québec où les arrêts très courts « ne sont plus justifiés par les médecins mais par une simple déclaration du patient ».
Supprimer une consultation à faible valeur médicale ne fait pas gagner du temps à un médecin : cela rend un rendez-vous à un malade. C’est la seule mesure d’accès aux soins qui ne coûte rien, ne demande aucun recrutement, et produirait son effet dès le lendemain de la décision politique…

Moins d’effets d’annonces, plus de réalisme
Le problème des certificats absurdes est connu en France depuis au moins 50 ans (voir notre page « ressources utiles« ). Les annonces se sont multipliées ; en février 2023, le gouvernement écrivait même que « les certificats deviennent dorénavant l’exception »… ce qu’aucun médecin en France n’a pu constater ! En mai 2024, la Cour des comptes proposait un référent dans chaque délégation d’ARS pour recevoir les signalements : aucun n’a été désigné. En avril 2025, une proposition de loi « visant à libérer du temps médical » était renvoyée en commission, où elle attend toujours…
A l’inverse, certains certificats se sont ajoutés. Par exemple le certificat d’admission en collectivité, instauré en août 2021, représente à lui seul 400 000 inscriptions en crèche par an : soit l’équivalent des actes annuels de 80 médecins généralistes (s’ils n’étaient pas réalisés à d’autres occasions ou sur un coin de table) ! S’y sont ajoutés un formulaire d’accompagnement à la prescription des analogues du GLP-1 en 2025, un nouveau formulaire sécurisé d’avis d’arrêt de travail, et à compter de septembre 2026 un plafonnement des durées qui multipliera les consultations de renouvellement…
L‘exemple de la danse résume bien l’attentisme : un mineur qui danse dans un club affilié à la Fédération française de danse n’a besoin d’aucun certificat (code du sport) ; le même mineur, dans une école de danse, doit en fournir un chaque année (code de l’éducation). Interrogé en novembre 2024, le ministère de la Culture répondait travailler « à une évolution réglementaire susceptible d’intervenir prochainement ». En novembre 2025, sur une question similaire, le ministère de la Culture annonçait au Sénat une évolution « à court terme » de cette obligation « aujourd’hui datée ». En août 2026, rien n’a changé. Précisons que l’article R. 362-2 du code de l’éducation est un article réglementaire : le ministère peut le modifier rapidement, seul, par décret, sans passer par le Parlement. Si l’école municipale de danse réclame un certificat à votre enfant, c’est encore normal… jusqu’à « prochainement ».
Les médecins généralistes ne sont toujours pas les médecins-conseils bénévoles des assureurs
Dans une enquête menée par certificats-absurdes en lien avec 11 Conseils Départementaux de l’Ordre des Médecins entre 2023 et 2025, les demandes du secteur assurantiel représentent 43 % des signalements reçus — de loin la première catégorie. Rappelons-le à nouveau pour que les assureurs l’entendent et cessent leurs pratiques illégales : le questionnaire de santé est rempli par l’assuré, sous sa responsabilité, et non par son médecin traitant (qui n’a pas à contre-signer non plus). La loi Lemoine du 28 février 2022 l’a même supprimé pour les prêts n’excédant pas 200 000 € par assuré et remboursés avant 60 ans. Le Conseil National de l’Ordre des Médecins a encore dû réactualiser sa doctrine en septembre 2025, 10 ans après celle de 2015, ce qui en dit assez long sur la piètre application de ces règles de base.
Le sport prouve que c’est possible, quand on le décide
Depuis le décret du 7 mai 2021, les clubs affiliés à une fédération ne doivent plus demander de certificat médical (hors questionnaire de santé positif ou pour les 5 disciplines à contrainte particulière : plongée, sports de combat avec K.O., armes à feu, véhicules terrestres à moteur, sports mécaniques nautiques). Chez les majeurs, le rythme est de 3 à 5 ans, voire remplacé par un questionnaire (voir notre page « Sport« ). Mais les clubs non affiliés échappent à ce décret et continuent souvent d’exiger un certificat annuel, à tout âge, sur la seule base de leur règlement intérieur : pour donner un ordre de grandeur, 10 adhérents par club dans les 200 000 associations concernées, et ce sont 2 millions d’actes par an (l’équivalent de 400 médecins généralistes à temps plein) consommés à cette seule fin !
Après avoir contacté 36 000 clubs en juin 2025, le Collège de la Médecine Générale renouvelle son appel : alignez vos règlements intérieurs sur les règles de la fédération la plus proche de votre discipline. À défaut d’une liste limitative des certificats légitimes, c’est aujourd’hui l’un des leviers les plus efficaces pour libérer du temps médical.
Deux mesures immédiates, sans loi nouvelle et sans dépense
- Passer le congé enfant malade en auto-déclaration en supprimant 4 mots dans le code du travail. Depuis 2023, nous demandons la suppression des quatre mots « constatés par certificat médical » à l’article L. 1225-61 du code du travail, qui impose aujourd’hui un certificat médical pour poser un congé pour enfant malade (congé non rémunéré de 3 jours par an, pour un enfant dont personne ne vérifiera la fièvre…). Ce sont 4 mots à supprimer, gratuitement, avec effet visible dès le lendemain. Cette proposition a été portée à l’Assemblée nationale en novembre 2023 et a été refusée en janvier 2024. Il est temps de réviser ce jugement et de s’inspirer de ce que font nos voisins européens.
- Régler par un simple décret l’absurdité du certificat de danse en école (là où il est désormais inutile en club affilié à fédération). L’article R. 362-2 du code de l’éducation relève du pouvoir réglementaire : le ministère de la Culture peut l’aligner sur le code du sport quand il le décide. Ce problème y est connu depuis novembre 2024 et un changement est annoncé « prochainement » depuis…
Et nos autres demandes répétées
Comme les années précédentes, nous rappelons ici les principaux leviers identifiés pour redonner du temps médical aux médecins :
- L’auto-déclaration des arrêts de travail courts et des congés pour enfant malade (comme dans les autres pays proches)
- Une liste limitative des certificats médicaux légaux : toute autre demande devenant illicite et sanctionnable
- La fin des pratiques illégales dans le secteur des assurances (ce qui sera naturel si le point 2 est validé)
- L’alignement des clubs sportifs non affiliés sur les règles des fédérations (ce qui sera naturel si le point 2 est validé)
- La délégation aux services administratifs de prescriptions faciles à déléguer et à faible valeur médicale (prescription de transport, lits médicalisés, etc.)
Sur certificats-absurdes.fr, vous trouverez :
- des modèles de refus argumentés pour les situations en lien avec les assurances, le sport, l’école, les bailleurs sociaux, et toutes autres demandes absurdes de notre quotidien ;
- un tampon à commander (à prix coûtant) pour exprimer votre agacement et faire connaître la démarche ;
- des pages spécifiques (Travail, Sport, Scolarité et périscolarité, Soins, Contrats, Autres) recensant les principaux certificats absurdes en France ;
- une affiche à télécharger pour votre salle d’attente, illustrée par SANAGA.
Chaque certificat inutile retire du temps médical aux patients. Supprimons-les.

Contact presse
Les médecins du groupe de travail sont disponibles pour toute question sur cette action Septembre Violet.
– Dr Michaël Rochoy, responsable du groupe de travail « Certificats Absurdes » du Collège de la Médecine Générale (06 67 57 67 35, sms préalable – contact@certificats-absurdes.fr)
– Pr Cyril Bègue, président du Collège de la Médecine Générale (01 47 45 13 55 – c.begue@cmg.fr)